Choisir une tuile neuve large qui imite les petites anciennes

Remplacer des tuiles anciennes, oui, car on n’a pas envie de monter sur le toit tous les printemps vérifier que tout va bien. Mais pas par n’importe quoi,sinon on défigure une maison. Nos conseils, parce qu’on y est passés et qu’on a aussi commis des erreurs.
Notre but était de remplacer de la petite tuile plate ancienne… Mais pas par de la petite tuile plate moderne, par souci d’économie. 400 mètres carrés de toiture, ça compte. Or une rénovation pure et dure, fidèle au style local, imposait de recourir à une petite tuile plate et longue, la bien-nommée « Bourgogne longue » de la marque Imerys. Mais il en fallait beaucoup au mètre carré (une quarantaine), donc ça nous coûtait trop cher en charpente et en tuile (0,57 € HT la tuile en 2006).

Le plus dur : imaginer le futur toit

Pour choisir une remplaçante, nous nous sommes fait l’oeil sur les maisons du coin.
Tout d’abord, nous avons réfléchi aux raisons pour lesquelles nous trouvions certaines maisons affreuses. En général c’était parce que la maison était petite mais couverte avec des tuiles énormes, ce que j’appelle le syndrome « moule à gaufres », ou chaque tuile fait l’effet d’un gros machin ridiculement disproportionné (genre : en 10 rangées de tuiles on arrive au faîte de la maison). Vous trouvez ces couvertures dans les lotissements, par exemple, la tuile Alpha 10 ci-dessous (notez l’épais bourrelet du rebord qui rend chaque rangée de tuiles bien visible).

Plus subtilement, c’était aussi laid parfois parce que les tuiles juraient avec les proportions mêmes du toit, par exemple quand le toit était tout en longueur, comme le nôtre, et la tuile tout en hauteur, étroite et longue d’aspect. Rentrait ici en compte la pente du toit, très importante pour l’impression visuelle :plus le toit est pentu, plus on voit les tuiles, donc plus elles ont intérêt à être petites et bien proportionnées.

Nous nous sommes dit qu’il nous fallait, avec notre toit peu pentu mais tout en longueur, un rythme horizontal. En clair, qu’il valait mieux avoir une tuile large par économie, mais à fort recouvrement, pour que visuellement l’impression soit celle de nombreuses rangées de tuiles, plutôt qu’une tuile étroite et longue singeant la Bourgogne longue, mais sans en avoir l’élégance.

Cela nous a définitivement fait pencher du côté de la tuile dite « 27×41″, qui fait 41 cm de large, et qui se recouvre de façon à ne laisser que 10-12 cm de pureau (partie visible de la tuile). En un mot : toit plus large que haut = tuile plus large que haute.
(Alors qu’au départ on partait sur la tuile dite Arboise, dont les proportions sont inversées.

tuile-alpha10
Tuile Alpha 10 (photo du fabricant)

toit-pente-faibleAutre défaut de l’Arboise :  elle s’emboîte fermement, avec des crans : comment supporterait-telle le léger tournant de la charpente ? Car il faut penser la tuile en fonction de les contraintes : dévers, bosses, les vieilles charpentes demandent des tuiles adaptatives.
Les accessoires posent aussi souci en restauration : on les évitera, ou on les remplacera par un bricolage maison bien moins coûteux.

Tuile Arboise.

Conclusion : Une tuile large n’est compatible qu’avec un toit en faible pente. Elle est économique, mais laide. Pour faire illusion, on choisira une tuile large en tenant compte des proportions. Enfin, question couleur, on a pris rouge nuancé, pour ne pas faire dans l’originalité. Pour l’instant on trouve que ça fait très rouge vif, mais on mise sur les lichens pour assombrir la teinte.

Résultat final : notez le côté bicolore parce qu’un ouvrier a « oublié » de mélanger les palettes entre elles, comme le recommandent pourtant tous les bouquins de bricolage sur le sujet…

Mais cinq ans après la pose du toit, on peut le reconnaître : oui, la couleur se patine, mais ça se compte en dizaines d’années. De même les gouttières en zinc restent très voyantes des années durant. Bref, dans votre vie d’homme, vous garderez votre toit de la couleur de ses débuts, donc ne vous ratez pas…
Avec au final, une bonne surprise : la 27×41 présente en plus un rebord très fin, et légèrement bombé, qui reproduit les ombres de nos défuntes tuiles de 1815, légèrement galbées, et dont nous resterons malgré tout à jamais nostalgiques…

Maintenant, ce serait à refaire, pour un surcoût de quelques milliers d’euros, je crois que je prendrais de la tuile neuve petite et plate. L’impact visuel d’une tuile large est quand même fort, et il pénalise le reste des efforts faits pour garer la maison dans son jus. Mais c’est trop tard pour avoir des regrets !

Tuiles

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