Peinture à l’ocre : ce qu’on ne vous dit pas !

Ecolo, merveilleusement artisanale, la peinture à l’ocre ? Oui, nous sommes fans nous aussi. On en a même mis sur toutes nos huisseries, en chêne, ancien ou neuf. Deux ans après, on déchante. Trois défauts majeurs sont apparus. Récit.

Premier défaut : Le chêne noircit

« Tu as vu, ça noircit ? » C’est ainsi que ça a commencé. On passe devant une fenêtre peinte à l’ocre tous les matins, et on s’aperçoit au bout de deux ans que des taches noires percent à travers la peinture. C’est du chêne neuf, garanti bien séché par la menuiserie de Gevrey-Chambertin, qui fournit aussi les chantiers des Monuments Historiques à Dijon (donc on peut espérer que le chêne était bien sec.)
Je précise cette affaire de séchage parce que n’importe quel tonnelier vous expliquera que le chêne, un bois naturellement tanique (ses tanins s’appellent les « tanins galliques ») relargue des tanins quand il est coupé. Voilà pourquoi le tonnelier sérieux s’oblige à stocker trois ans à l’air libre ses merrains, les planches de chêne, qui vont griser, et se faire lessiver par la pluie. On ose penser que notre menuisier, prestigieux fournisseur, a eu la même exigence.
Pour autant, le chêne neuf de nos fenêtres relargue – de même que le chêne ancien décapé avec force produits chimiques.

Deuxième défaut : le chêne travaille


Là encore, est-ce la faute de la peinture ? Toujours est-il qu’elle n’a pas accompagné le bois dans ses mouvements, qu’elle s’est peut-être même rétractée, si l’on ose dire, et qu’en tout cas elle n’a pas protégé le bois des UV, de la pluie, et qu’il s’est donc fissuré tout seul.

Troisième défaut : la peinture ne tient pas !

C’est le défaut le plus énervant, car la peinture à l’ocre est directement responsable. Visiblement, elle n’a pas tenu. Et pourtant, on habite dans le Jura, zone tempérée, pluvieuse mais sans excès, et la fenêtre est exposée à l’Est, et protégée par un débord de toit.
Oui, j’ai appliqué mes trois couches, fait ça dans les règles de l’art, oui elle s’est pelée au bout de deux ans. Résultat : on a écrit à terres & Couleurs, qui nous a répondu que c’est normal. Heu, normal ? J’ai refabriqué de la peinture, tout repeint, c’est de nouveau joli. Mais pour combien de temps ?

13 commentaires sur “Peinture à l’ocre : ce qu’on ne vous dit pas !

  1. Bonsoir,

    Je viens de découvrir votre blog, alors que je m’apprête à peindre des fenêtres à l’ocre.

    Je dois dire que cela suscite maintenant chez moi des hésitations.
    Cependant, je dois dire que les défauts que vous constatez (taches noires, bois qui travail, peinture qui ne tient pas), je les ai constatés aussi avec une lasure plutôt haut de gamme que j’avais utilisée sur des fenêtres précédemment posées. Je me demande s’il ne s’agit pas d’inconvénients inéluctables du chêne.

    Je crois avoir lu qu’avec la peinture à l’ocre, il fallait repeindre les menuiseries une année après la première mise en peinture, puis que les différentes couches s’espaçaient ensuite dans le temps… Je ne sais pas si votre expérience confirme cela. En tout cas je serais intéressé par tout échange à ce sujet.

    Bons travaux de restauration. Cordialement,
    Jean-Noël

  2. Bonjour Jean-Noël,
    L’explication fournie par l’association Terres et Couleurs, c’est que c’est la faute aux menuisiers si les tanins du chêne percent à travers l’ocre, en raison d’un séchage trop court. L’explication est peut-être vraie (nos persiennes neuves dégorgent plus de noir que les autres) mais incomplète, car des persiennes du XIXè s. connaissent le même souci.
    La faute aux décapants modernes, qui oxydent le bois ! m’a répondu ensuite l’association. L’explication est aussi vraie, car une persienne du XIXè passée aux produits chimiques a en effet souffert de noircissement. Mais celle poncée amoureusement à la main, aussi…
    Donc, j’en déduis comme vous que le chêne, neuf ou vieux, décapé ou pas, noircira en relarguant des « ellagitanins » (c’est leur nom), comme vous le disiez à propos de la lasure.
    Nous pensons aussi comme vous qu’on pourra espacer les couches, probablement de 3 ans pour la prochaine. En tout cas, notre recul, qui porte sur 3 ans, confirme que la couleur est stable dans le temps.

  3. Bonjour, finalement, vous conseillez cette peinture ou est-ce à éviter? Eventuellement, je serais intéressé par la recette si vous le voulez bien. Merci.

  4. Bonjour Damien,
    Je pense que, visuellement, y’a pas photo entre une peinture à l’ocre et une peinture « moderne ». L’ocre, c’est mat de chez mat, ça ne donne pas de côté clinquant, « t’as vu comme je viens de refaire mes volets, hein, t’as vu » comme avec une peinture moderne. La luminosité de la peinture est de plus magnifique sur une façade exposée au soleil. Elle gagne en profondeur, comme les techniques a tempera de Vinci, et si vous jouez finement vous pouvez l’assortir subtilement aux teintes des pierres de la maison. Mais il faut aussi accepter que, visuellement, ça ne soit pas stable, que ca ne fasse pas net très longtemps : six mois / un an après l’application, on se retrouve avec des veines noircies. Même après trois couches en trois ans, chez nous, ça ressort, ça s’use, ça vieillit plus vite qu’une peinture moderne (qui elle va tenir dix ans et se craqueler d’un seul coup). Donc tout dépend de l’investissement affectif que vous mettez dans la décoration de votre maison. Si vous voulez que ça a l’air tiré à quatre épingles, neuf et fier de l’être, je ne conseille pas l’ocre. Si vous voulez que ça a l’air dans son jus, qu’on ne sache pas ce qui a été refait de ce qui est neuf, prenez l’ocre. Si vous êtes prêt, tous les quinze ans, à sortir ponceuse, masque et solvants, prenez une peinture moderne. Si vous êtes prêt, tous les trois ans, à sortir la casserole, l’huile et les poudres, à salir l’évier de la cuisine (ça se nettoie bien mais il faut frotter !), prenez l’ocre (en sachant que l’huile et les produits se conservent bien dans le temps, puisque les nôtres, achetés en 2008, sont encore parfaits). j’ajoute que l’ocre est économique, et que pour repasser une couche, pas besoin de ponceuse, ni de décapage, on passe un coup d’éponge à l’eau et paf, on repeint dessus directement, c’est réglé en une heure pour nos trois fenêtres. Mon avis vraiment personnel : la peinture à l’ocre, c’est notre patrimoine, donc il faut l’utiliser, ne serait-ce que pour montrer à Leroy-Merlin et autres vendeurs de faux produits anciens, genre enduits à la chaux, qu’on peut s’en sortir sans eux…

  5. Merci pour cette réponse claire et précise. Je vais opter pour l’ocre puisqu’il s’agit de peindre une petite cabane dans le jardin. J’aime le côté mat. Le côté économique aussi :)
    Et si ça protège suffisamment, pourquoi hésiter? Au niveau des quantités, je suppose que les recettes qu’on trouve à gauche et à droite sur le net se valent?

  6. qui peux nous aider???
    notre gros problème ce sont les limaces…hé oui, nous avons remis notre abri de jardin en couleur avec de la peinture à l’ocre mais….les limaces l’adore!!!! elles sucent la couleur sur leur passage….y-a-t-il une astuce pour empêcher cela et nous éviter de remettre une couche après chaque pluie….merci

  7. Bonjour Annie,
    Nous avons peint la porte d’entrée du potager à l’ocre, et sommes aussi infestés de limaces. Et pourtant elles ne s’attaquent pas à elle. Donc c’est peut-être votre peinture qui a un composant les attirant ? Avez-vous mis du sulfate de fer dedans comme la recette l’indique ? Il faudrait peut-être creuser de ce côté-là. Amicalement, Florence

  8. Bonjour
    le chene n’est pas un bois recommande pour les menuiseries extérieurs.
    il se déforme et travail énormément suivant les conditions climatique.
    peu de peinture tienne dessus.
    C’est pour cela qu’il est utilisé en intérieur, pour des meubles par exemple
    Pour la charpente, déformations et fentes ne sont pas des défauts majeurs.
    Cordialement, un menuisier ebeniste.

  9. Bonjour a vous.
    Je suis menuisier ébéniste et j’ai une solution pour le chêne qui noircis: l’acide oxalique (ou sel d’oseille) on le trouve en magasin de bricolage.
    Celui ci efface complètement et instantanément les tache noir sur le chêne (et sur vos main aussi quand vous le travaillez) .
    Reste a trouver comment l’utiliser avec cette peinture (avant ? apres? entre couche? ou melanger a la peinture?)
    J’ai tester avant (ça marche), apres (ça marche aussi mais un peu plus long a agir car il doit penetrer dans la peinture)
    Attention, je ne suis pas chimiste, je ne sais donc pas quelles incidences (reaction chimique) cela peu avoir dans le temps (a mon avis peu de chose sur ce genre de peinture mais bon)

    En ce qui concerne la peinture qui craque et qui ne suit pas le bois dans ces inévitables déformations : la peinture n’est sans doute pas assez grasse, l’huile est malléable, pas la terre qui casse, elle.
    ——–
    Petit retour d’ expérience: (peinture a l’ocre sur porte en chêne neuve à panneaux embrevés. Chêne séché 2ans dehors, puis en séchoir (à13% d’hygro environ)):

    Pas de trace noire après deux ans mais le panneau embrevé s’est effectivement écarter (0.5mm) des montants avec risque que l’eau s’y mette (ce qui arrive avec toute les peinture) bref le bois prend sa place c’est normal et peu importe la peinture. mais ce qui est normal sur les assemblage l’est beaucoup moins sur le corps d’un morceau de bois lui même:

    Un grand défaut des menuisier est souvent de mettre du bois moins beau lorsque ce celui-ci est destiner a être peint (tache, petit nœud, bois de pied, et (plus grave) des gerces (plus fréquente au extrémité des planche) meme si elle sont recollées ou mastiquée pour être invisible a la livraison) le but est bien entendu de faire des économies pour un produit moins chère.

    La responsabilité vient pourtant des deux coté:
    -le menuisier qui n’as plus le recul de son travail (avant de père en fils) et ne peu plus observer son travail a long terme (normalement plusieurs génération)
    mais aussi
    -le client (ou intermédiaire/appel d’offre…etc…)qui tirent les prix toujours plus bas (concurrence étrangère a bas salaire, petit revenus, ou autre…)

    je ne blame pas les artisants car mon discourt est bien beau mais est il vraiment applicable dans une entreprise ?(cout, rentabilité, delai, stockage, …etc…)!
    —enfin bon faut bien vivre avec son temps…:/

    il faut savoir que nos maison d’aujourd’hui n’arrangent pas le problème :
    (bien isolée voir étanche, double vitrage ,chauffage excessif, clim,…etc…)
    faites l’essai avec n’importe quel panneau de bois: chaud et sec d’un coté , froid et et humide de l’autre…je vous laisse deviner…
    ———-

    en résumé pour limiter les soucis (non pas les éviter totalement!):
    -bien demander au menuisier de prendre du bois non gercé (pas toujours facile a décelée) et aussi acceptez si malgré tout si il y en a encore un peu (sinon tournez vous vers le pvc :p )
    -ne pas chercher un prix trop « lowcost »
    -une peinture suffisamment grasse
    -attendre que le bois se « place » et redonner une ou deux bonne couche quelques année après. et insistant bien dans ces petit défaut qui apparaissent
    ———-
    en réponse a d’autre post:
    -le chêne n’est pas un mauvais bois en extérieur (et même obligatoire dans certaine ville car secteur sauvegarder ou autre)
    -une porte bien lavée pendant plusieurs mois sous la pluie ne devrai plus trop avoir de tanin, mais le soleil la fera fendiller en surface c’est encore pire! la solution idéale serai de travailler du bois sécher a l’ancienne (plusieurs année (10aine d’année?) d’abord dehors, puis a l’abris, et enfin en intérieur) —vous etes près a payez lol?? je vois plutôt la solution sur le sel d’oseille.
    -pour les limaces a mon avis l’acide oxalique pourrai sans doute faire d’une pierre deux coup …

    moi j’hésite pas une seconde je change mes fenêtre et porte cette année, ce sera peinture a l’ocre! (avec sel d’oseille dans la première couche: on verra bien j’ai confiance :) )

    pour ceux qui veulent tenter le sel d’oseille, en quantité je dirai un dé a coudre (en sel ou équivalent dans de l’eau en saturation de sel) maximum, voir moins pour 1 ou 2 litre de peinture (non garanti, faites vos essais!!!!!)

    en esperant que mes explications vous aident, cordialement,

  10. Nous sommes en train de peindre notre maison en bois avec de la peinture à l ocre c’est super joli et facile à faire seul hic!!! lorsque nous passons la main,un chiffon n’importe quoi sur la peinture (déjà sèche bien sur) cela fait une trace blanche, la couleur que nous avons choisi est chocolat donc ça se voit beaucoup plus que sur une couleur clair je suppose. Que faire? on en est à la deuxième couche …..dans le temps nous serons certainement contraint de frotter cette peinture pour diverses raisons nettoyage des toiles d’araignées, de projection d’herbe de la tondeuse et autre quant sera t il de notre belle couleur? si vous connaissez ce problème et que vous connaissez des solutions ou suggestions merci de nous les donner merci et à plus j’espère.

  11. Bonjour
    Il est difficile de trouver des avis sur du long terme avec ce type de peinture donc vos articles sont très intéressants.
    Pourriez vous nous donner votre feedback après quelques années (suite à la retouche faite 2 ans après) ?
    Je me pose la question pour peinture une cabane enfant.
    Merci par avance.

  12. Bonjour à tous
    Je suis fort intéressée par ce blog. J’ai un entourage d’artisans maçons, ébénistes et brocanteurs de métier. Selon eux, on n’applique jamais sur du chêne un produit contenant de l’eau… Un bois naturellement tannique, (tous les fruitiers, le chêne, le châtaignier et les bois exotiques), se fait une joie de laisser remonter à sa surface le tanin qu’il contient (même après des années de séchage) : donc tâches noires, brunes, jaunes et même roses pour les bois exotiques.
    La peinture à l’ocre est une émulsion eau/huile de lin. L’eau contenue dans la peinture à l’ocre fait surgir le tanin. Toutes les lasures à l’eau créent le même phénomène. Tous les anti tanins à l’eau créent des remontées tanniques sauf ceux contenant un pourcentage de « résines pétrochimiques » important car ils imperméabilisent le bois.
    D’après eux, il faut toujours traiter les bois tanniques en phase solvantée (avec des huiles naturelles) et toujours en couleur car ce sont les pigments qui bloquent les UV et protègent le bois.

    Qu’en pensez vous ?

    Patinesbio

  13. Bonjour Patinesbio,
    En ce qui me concerne, j’avais déjà nettoyé les volets qui allaient recevoir de l’ocre avec de l’acide oxalique, alors les tanins avaient déjà largement noirci le chêne. Mais, pas de panique, l’ocre étant opaque, les tanins ne se voient pas en transparence. Quand j’ai ocré des volets neufs, même topo, le bois a noirci mais sans conséquences esthétiques ensuite. L’énorme avantage de la peinture à l’ocre, c’est que contrairement aux autres, quand elle est usée et qu’elle pèle au soleil, et bien, on en refabrique et on repasse la nouvelle couche, aussi sec. Plus de ponçage, plus de galère à la lessive saint-marc, c’est plié en une matinée de travail. C’est à ce moment-là qu’on l’apprécie vraiment !

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